Traitement hormonal substitutif

Le chapitre qui suit fournit des renseignements concernant l’accès des personnes trans au traitement hormonal de substitution (THS). Bien qu’il ne soit pas envisagé par toutes les personnes trans, le THS demeure pour beaucoup un aspect important de la transition. Faciliter l’accès de vos clientes et clients au THS est indispensable à la promotion de leurs intérêts. Ce chapitre vise à outiller le personnel de première ligne et les organismes communautaires afin qu’ils puissent soutenir les personnes trans dans leurs démarches et les diriger vers des services appropriés. Il décrit les divers protocoles utilisés pour la prescription d’hormones et dresse un aperçu des obstacles auxquels sont confrontées les personnes trans qui désirent accéder au THS au Québec.

Le THS et sa mise en œuvre pour les personnes trans

La prescription d’hormones aux personnes trans suscite la crainte chez de nombreux professionnels de la santé. Ces derniers ont souvent le sentiment qu’ils ne possèdent pas de formation, de compétences et d’expertise adéquates en la matière. En réalité, tout médecin légalement autorisé à pratiquer la médecine au Québec peut prescrire des hormones. Les personnes trans qui obtiennent des hormones par ordonnance — plutôt que par des amies ou sur le marché noir — se les procurent habituellement d’une des trois façons suivantes : d’un médecin généraliste, d’un spécialiste, ou d’une clinique spécialisée en troubles de l’identité de genre.

Le médecin généraliste:

Les médecins généralistes (ou médecins de famille) travaillent avec un large éventail de conditions médicales et de besoins en matière de santé. Ils exercent souvent leur profession en clinique privée ou dans un CLSC. Le travail du médecin généraliste est de s’occuper de la santé générale de ses patientes et patients. Plusieurs médecins de famille prescrivent l’hormonothérapie dans le cadre des soins de santé primaires qu’ils prodiguent à leur clientèle. À savoir si un médecin généraliste prescrira des hormones à une personne trans, cela dépend habituellement de son niveau de confort et de ses connaissances en matière de santé trans. Advenant le cas d’un médecin qui se sentirait à l’aise de prescrire des hormones à une patiente ou un patient trans, mais dont les connaissances de base en matière de santé trans sont nulles ou limitées, il se peut qu’il accepte de rechercher le sujet et, une fois bien informé, de rédiger une ordonnance.

Malheureusement, certains médecins sont mal à l’aise de prescrire des hormones aux personnes trans, et ce, en toutes circonstances. Devant une telle situation, une personne qui souhaite commencer un THS devra immanquablement chercher un nouveau médecin de famille. Les organisations qui œuvrent auprès des communautés transsexuelles, intersexuées et transgenres entretiennent souvent des liens étroits avec les médecins de leurs localités qui connaissent bien les questions de santé entourant le THS. Par conséquent, si une personne n’a pas déjà un médecin de famille, ou si son médecin refuse de lui prescrire des hormones, elle peut, comme point de départ, se tourner vers un organisme communautaire dans sa région. Pour obtenir des renseignements concernant les médecins qui prescrivent des hormones au Québec, n’hésitez pas à communiquez avec un membre du Réseau santé trans du Québec à l’adresse suivante : santétranshealth@gmail.com.

Les médecins spécialistes :

Outre le généraliste, les deux types de médecins les plus dûment qualifiés et favorablement disposés à prescrire des hormones sont l’endocrinologue et le gynécologue. Bien qu’il soit possible, en principe, de s’adresser directement à un spécialiste pour prendre rendez-vous, la plupart exigent qu’un patient ou une patiente ait été dirigé vers eux par un médecin généraliste. Les services de certains spécialistes sont couverts par l’assurance-maladie du Québec. Certains requièrent qu’un patient ait obtenu une lettre rédigée par un professionnel en santé mentale confirmant un diagnostic de trouble de l’identité de genre avant d’amorcer le THS. La liste d’attente pour consulter un spécialiste est souvent très longue.

L’endocrinologue :

Les endocrinologues sont des médecins spécialisés en médecine interne. Ils possèdent des connaissances approfondies quant au rôle des hormones et autres médiateurs biochimiques impliqués dans la régulation des fonctions physiologiques. Leur formation leur permet aussi de traiter les déséquilibres hormonaux.

Le gynécologue :

Les gynécologues sont des médecins/chirurgiens spécialisés dans les soins à apporter aux femmes enceintes, du début de leur grossesse jusqu’à l’accouchement. Ils sont aussi spécialisés dans le diagnostic et le traitement des désordres du système reproductif féminin. Un gynécologue peut prescrire des hormones aux personnes transsexuelles autant qu’aux non-transsexuelles. Il peut pratiquer des hystérectomies et des oophorectomies, procédures hautement importantes pour les personnes trans souhaitant masculiniser leur apparence et satisfaire aux exigences requises pour changer légalement de sexe (féminin à masculin) au Québec.

La clinique d’identité de genre : Une clinique d’identité de genre est une clinique multidisciplinaire spécialisée et habituellement située en milieu hospitalier. La Human Sexuality Clinic du Montréal General Hospital est une clinique d’identité de genre. Elle offre un service d’évaluation et de traitement des troubles de l’identité de genre qui comprend psychothérapie, bilan et suivi hormonal et lettres de recommandation nécessaires à l’approbation des chirurgies. Les personnes admises au programme sont, sous réserve de répondre à certains critères, dirigées vers un médecin généraliste ou spécialiste qui assure la prise en charge et le suivi de leur traitement hormonal. Les frais pour participer au programme s’élèvent approximativement à 3 375 $ par année. Ce montant couvre seulement la thérapie, et ne comprend pas le coût des hormones, des chirurgies, et de l’électrolyse. Les exigences de la clinique pour l’approbation de l’hormonothérapie sont si rigoureuses qu’il faut entre un an et trois ans avant qu’une personne soit en mesure de les satisfaire.

Bien que la Human Sexuality Unit du Montréal General Hospital offre des services aux communautés trans, ses exigences semblent déraisonnables et son programme par conséquent largement inaccessible. La démarche thérapeutique imposée pour l’approbation de l’hormonothérapie n’est pas couverte par la RAMQ. Elle peut s’étendre sur plusieurs années et coûter au strict minimum bien au-delà de 200 $ par mois. Ce n’est que de peine et de misère que bon nombre de personnes trans parviennent donc à amasser l’argent dont elles ont besoin pour obtenir un diagnostic « officiel » de trouble de l’identité du genre et ainsi accéder à des soins de santé spécifiquement trans.

La transition, longue et coûteuse, par la voie décrite ci-dessus est donc inaccessible pour beaucoup. La majorité des personnes trans vivent sous le seuil de la pauvreté en raison de la discrimination dont elles sont victimes en matière d’emploi, d’éducation et de logement. Exiger qu’elles payent plus de 200 $ par mois constitue, dans un tel contexte, une demande déraisonnable. Quand bien même nous imaginerions le meilleur des scénarios et qu’une personne trans réussirait à trouver l’argent nécessaire pour compléter sa démarche dans le programme, très peu de médecins acceptent de prescrire des hormones et la clinique n’en compte aucun parmi son personnel.

Le programme de la Human Sexuality Unit a souvent été perçu par les personnes trans comme étant la seule et unique voie d’accès à la CRS et aux autres services trans couverts par le gouvernement du Québec. Or, d’autres options sont actuellement disponibles. Comme l’approche de la Human Sexuality Unit n’est pas conforme au protocole des normes de soins de la WPATH, ni à un modèle de réduction des méfaits, son programme est souvent considéré comme étant dépassé. D’autre part, les services offerts sont si coûteux, les protocoles en vigueur sont si sévères, et le temps d’attente pour l’approbation du THS et de la CRS est si long, que de nombreuses personnes trans se tournent désormais vers d’autres options.

La procédure d’inscription dans la plupart des cliniques d’identité de genre comprend une entrevue devant un groupe pouvant inclure jusqu’à 9 personnes (médecins, internes, chercheurs, etc.) associées au programme. Au cours de cette entrevue, le patient est interrogé, entre autres, sur ses fantasmes sexuels, ses positions sexuelles préférées, etc.

Pour obtenir les coordonnées de professionnels en santé mentale, de médecins généralistes et spécialistes qui travaillent avec une clientèle trans, veuillez contacter ASTT(e)Q au 514-847-0067, poste 207.

Protocoles et normes de soins

Divers protocoles sont utilisés par les professionnels de la santé pour évaluer si un patient est prêt à entreprendre un THS. Nous vous présentons, ci-dessous, un aperçu des protocoles en vigueur ainsi qu’une brève description des modèles d’intervention sur lesquels ils sont fondés.

Normes de soins de la World Professional Association for Transgender Health (WPATH)

Les normes de soins établies par la WPATH sont celles les plus communément adoptées par les prestataires de soins de santé qui prescrivent des hormones. Les normes de soins de la WPATH sont sanctionnées par un corps professionnel qui regroupe des psychiatres, endocrinologues, chirurgiens, et autres professionnels de la santé. L’hormonothérapie, la chirurgie, et le suivi post-transition figurent parmi les sujets abordés par le protocole. En 2011, la WPATH a publié la 7e édition révisée de ses normes de soins. Les révisions effectuées apportent pour la plupart des améliorations majeures au protocole par rapport aux versions antérieures. À cet effet, le document dans sa version actuelle laisse aux fournisseurs de soins de santé assez de latitude pour leur permettre d’adapter, au besoin, les normes de soins en fonction des besoins individuels de leurs patients.

Dans les versions antérieures à la 7e édition du document, une des conditions requises pour amorcer le THS chez un patient était qu’il ait réussi le test de la Real Life Experience (RLT). Ce prérequis partait du principe qu’une personne doit d’abord vivre à temps plein (y compris travailler ou étudier) comme un membre du sexe opposé pour être véritablement en mesure de faire un choix réfléchi quant à un éventuel changement de sexe. Ce n’était donc qu’une fois cette condition remplie que certains professionnels acceptaient de considérer une personne transsexuelle comme étant apte à subir les interventions médicales (hormonothérapie, chirurgie, etc.) qu’elle désirait.

Certains débats ont cours concernant le bien-fondé éthique du test de la RLE comme condition préalable au THS. De nombreux professionnels qui appliquent les normes de la WPATH utilisent ce test et en défendent la pertinence. Selon ce mode de traitement, une personne peut, une fois le test complété, décider si elle désire ou non entreprendre un traitement hormonal. Le principe sous-jacent est qu’une personne transsexuelle doit acquérir une certaine expérience dans le rôle social du sexe opposé et que cette expérience lui permettra d’envisager plus clairement la vie et la réalité qui l’attendent. En fait, le test de la RLE n’influence que très rarement la volonté d’une personne de transitionner. Par ailleurs, ce test comporte des risques importants pour la sécurité des personnes transsexuelles. Dans de nombreux cas, il est difficile, voire impossible, pour une personne transsexuelle de passer inaperçue comme membre du sexe opposé dans la société, sans un recours aux hormones et à la chirurgie. Les personnes transsexuelles sont souvent facilement identifiables, durant la période qui précède le début de leur transition, et sujettes à la discrimination et une cible de choix pour des crimes haineux.

Il n’existe aucune donnée scientifique qui démontre la pertinence et la nécessité de la RLE avant la transition. En fait, certains travaux de recherche indiquent même le contraire. Enfin, même le conseil administratif de la WPATH a modifié, et ce, à plusieurs reprises, sa position sur le sujet. Alors que la version des normes de soins publiée en 1979 impose un minimum de six mois de RLE comme préalable au THS et à la CRS, l’édition révisée de 1981 élimine entièrement le test du protocole. En 1988, une nouvelle édition réintégrait la RLE à la liste des conditions préalables au THS. La version actuelle des normes de soins ne requiert aucune RLE pour l’approbation du THS.

En l’absence de données scientifiques pouvant démontrer son utilité, le test de la RLE n’est plus aujourd’hui considéré, par la majorité des professionnels, comme une étape nécessaire à la démarche d’une personne. Il peut, tout au plus, témoigner du sérieux d’une personne concernant sa transition. Comme la RLE comporte des risques pour la sécurité physique et émotionnelle du patient, un prestataire de services responsable pourrait conclure qu’elle devrait demeurer optionnelle et non plus désormais constituer un passage obligé du parcours transsexuel.

Il est à noter que la version actuelle des normes de soins de la WPATH témoigne d’une grande ouverture au modèle de réduction des méfaits. Le document encourage les fournisseurs de soins de santé à utiliser les normes comme des lignes directrices pouvant être adaptées en fonction des besoins, des circonstances et de la vie de chaque patient : « Des écarts cliniques par rapport aux normes de soins pourraient être liés aux circonstances anatomiques, sociales ou psychologiques particulières d’un patient; à une méthode en constante évolution chez un professionnel de la santé compétent; à un protocole de recherche; à une insuffisance de ressources dans diverses régions du monde; ou à des stratégies de réduction des méfaits. »

Bien qu’un suivi psychologique puisse représenter une forme importante de soutien durant un processus de transition, il n’est pas toujours possible d’accéder à des soins de santé mentale spécifiquement trans ou même simplement exempts de transphobie. Il y a parfois un manque de ressources financières ou un problème lié à l’isolement géographique. Enfin, le patient n’a parfois tout simplement pas envie de participer à tel un suivi.

Par ailleurs, le document des normes de soins va encore plus loin en recommandant l’adoption d’une approche de réduction des méfaits dans les cas de personnes trans qui se procurent des hormones sur le marché noir. Dans la section du document décrivant les critères d’admissibilité au THS pour les adultes trans, on y indique qu’il peut être justifié, pour un médecin, de ne pas tenir compte des critères du protocole si c’est dans le but de « fournir un traitement qui utilise des hormones dont la qualité et la traçabilité sont garanties comme une solution de rechange à l’utilisation sans surveillance d’hormones achetées sur le marché noir. »

Il est très important que tout fournisseur de soins de santé envisageant de prescrire des hormones à des personnes trans consulte attentivement ce document. Les normes de soins de la WPATH sont disponibles en anglais, en espagnol et en croate à l’adresse suivante : www.wpath.org/publications_standards.cfm.

Bien que le protocole pour les normes de soins de la WPATH soit très répandu parmi les prestataires de soins de santé, de nombreuses cliniques et de nombreux médecins préfèrent évaluer l’admissibilité au THS en utilisant des modèles d’intervention basés sur la réduction des méfaits, l’autodétermination et le consentement éclairé. Ces protocoles présument que le patient ou la patiente est la personne la mieux outillée pour prendre des décisions concernant son corps et que les professionnels ont pour responsabilité de lui fournir toute l’information dont elle a besoin pour faire un choix éclairé. La parution en 2011 de la 7e édition révisée des normes de soins de la WPATH a transformé la relation entre ces dernières et les protocoles non conventionnels mentionnés précédemment. Les nouvelles normes de soins de la WPATH sont en effet beaucoup plus souples et encouragent explicitement les initiatives individuelles des médecins et cliniques qui ajustent et adaptent les directives du protocole afin qu’elles correspondent aux besoins spécifiques de leurs patients.

Protocoles non conventionnels

Les protocoles développés à l’intention des prestataires de soins de santé par les centres de santé communautaire Tom Waddell de San Francisco et Callen-Lorde de New York sont fondés sur les principes du consentement éclairé et de la réduction des méfaits. Les directives de ces protocoles n’ont pas pour objectif de déterminer l’admissibilité d’une personne à un traitement donné — ce sont des outils de travail créés pour fournir des soins à des gens qui se définissent déjà comme transgenres. Cela tient pour acquis que les gens savent ce qui est le mieux pour leurs corps. Ces protocoles sont les deux plus communément adoptés par les cliniques et les professionnels de la santé qui travaillent selon une approche de réduction des méfaits. Il existe d’autres protocoles et normes de soins développés indépendamment par des médecins et cliniques. Pour une liste exhaustive, visitez le site : www.santetranshealth.org

Faciliter la mise en place du traitement hormonal des personnes trans dans un cadre de réduction des méfaits est une façon de défendre les droits et intérêts d’une population aux prises avec une multitude d’obstacles quant à l’accès à des soins de santé adéquats et respectueux. Une telle intervention reconnaît que les systèmes actuels en place pour accéder à des soins et services spécifiquement trans ne tiennent pas compte de la dure réalité et de la vie quotidienne des personnes trans.

Il faut se rappeler que la 7e édition des normes de soins de la WPATH est un document constitué à partir de l’expérience d’experts-praticiens du monde entier et qu’il est reconnu internationalement en raison de la crédibilité de ses contributeurs. Il faut aussi se rappeler que la version actuelle du document encourage désormais le recours à un modèle de réduction des méfaits en matière de soins. Les activistes des communautés trans font campagne, depuis plusieurs décennies, pour promouvoir la viabilité des modèles de réduction des méfaits pour la prescription d’hormones. L’intégration de cette perspective dans les normes de soins de la WPATH constitue un progrès sans précédent.

Évaluation de la personne envisageant le THS

Une approche éthique pour déterminer si le THS est approprié pour une personne doit très certainement enrichir ses connaissances et son autodétermination. En tant que professionnel de la santé, vous rencontrerez sans doute des personnes trans qui souhaitent commencer l’hormonothérapie, mais dont les connaissances concernant les risques et les avantages du traitement varient grandement. Il est donc essentiel que vous puissiez fournir des renseignements précis et de qualité. Vos patients et patientes doivent être informés des effets secondaires possibles et des conséquences du traitement hormonal à court, moyen et long terme. Une personne bien informée et mentalement apte à faire un choix pourra mieux décider si oui ou non elle désire entreprendre un tel traitement. Une fois sa décision prise, vous pouvez lui faire signer un formulaire de consentement qui stipule qu’elle a été informée des risques et changements, temporaires et permanents, qui pourraient se produire durant le traitement. Le formulaire devrait aussi confirmer son désir de commencer le traitement.

Un grand nombre de personnes trans ne peuvent pas — ou choisissent de ne pas — accéder au THS avec l’ordonnance d’un médecin. Elles achètent alors des hormones sur le marché clandestin, sur Internet, d’un revendeur de drogues ou d’une amie qui a une ordonnance. Lorsque les personnes trans obtiennent des hormones sans ordonnance, la marque et le type d’hormones qu’elles prennent changent constamment. Elles peuvent aussi souvent ignorer les dosages appropriés et les modes d’administration des hormones.

Défendre les intérêts des personnes trans qui utilisent des hormones sans ordonnance, c’est reconnaître que les gens font dans leur vie des choix qui sont, de leur point de vue, tout à fait raisonnables. Les personnes trans peuvent choisir de ne pas obtenir des hormones légalement pour diverses raisons. Plusieurs achètent des hormones sur le marché clandestin parce qu’elles ont vécu, de par le passé, de mauvaises expériences d’accès aux soins de santé, ou parce que leur statut au pays est précaire et qu’elles n’ont pas accès aux services de santé. Nous vous prions de faire preuve de sensibilité et de considération à l’égard du parcours personnel de chaque patient trans que vous rencontrerez et avec qui vous discuterez du THS.

Responsabilité professionnelle

L’utilisation d’un formulaire de consentement, des analyses sanguines de référence, et un suivi médical de qualité pour les patients qui reçoivent un THS sont les meilleures précautions à prendre pour vous prémunir contre toute allégation concernant votre responsabilité professionnelle.

Consentement éclairé

Le consentement éclairé dans le contexte du THS consiste à informer un patient qui souhaite entreprendre le traitement des risques et des effets secondaires associés à l’hormonothérapie et à s’assurer qu’il les comprend. En discutant ouvertement avec votre patient, vous pourrez déterminer ce qu’il sait déjà au sujet des hormones et ce que vous pouvez lui offrir à titre d’information supplémentaire. Les médecins doivent être en mesure de communiquer ces informations précises et complètes. Par conséquent, plus les connaissances du médecin sont approfondies au sujet des hormones, plus il pourra renseigner son patient et ainsi se protéger en tant que professionnel. Et plus un patient est informé sur ce sujet, plus il est outillé à prendre de bonnes décisions en ce qui a trait à sa transition. Ses chances d’être satisfait des résultats du THS sont ainsi maximisées. Le formulaire de consentement doit stipuler clairement que le patient a été informé des risques associés au THS et qu’il reçoit ce traitement de son plein gré. Il est aussi important d’indiquer que le médecin ne peut être tenu responsable de la décision du patient, mais qu’il ne s’engage pas moins à lui prodiguer les meilleurs soins possible durant et après son processus de transition.

Des modèles de formulaires de consentement préalable aux soins sont disponibles à l’adresse suivante : HYPERLINK “http://www.santetranshealth.org” www.santetranshealth.org.

Analyses sanguines de référence

Tous les patients sur le point de commencer un THS devraient subir une série de tests sanguins de référence. Ces derniers seront importants pour déterminer la dose d’hormones à administrer et serviront ultérieurement au bon suivi du patient. La liste ci-dessous comprend les analyses sanguines de référence qui sont indiquées avant le commencement du THS. Il est recommandé de répéter ces tests deux mois après le début du traitement ou deux mois après avoir augmenté la dose. Une fois la dose exacte du patient établie, les tests peuvent être répétés tous les six mois.

Tests sanguins à effectuer avant d’amorcer le THS :

FSC (formule sanguine complète)

Fonction hépatique

Fonction rénale

Glucose

Hépatite B

Hépatite C

Test VDRL (ou RPR)

Lipides

Prolactine

GC (urinaire)

Chlamydia

VIH

Anticorps et antigène de surface

Testostérone totale

Estradiol

Une liste plus complète des tests sanguins de référence et une description détaillée des recommandations pour le THS des adultes trans est disponible à l’adresse suivante : http://transhealth.vch.ca/resources/library/tcpdocs/guidelines-endocrine.pdf

Traitement hormonal et suivi médical

Après avoir prescrit des hormones à son patient, le médecin doit pouvoir lui assurer un étroit suivi médical. Si le médecin ne se sent pas à l’aise à l’idée de fournir un tel suivi, il peut diriger son patient vers un autre professionnel de la santé, un endocrinologue par exemple. Si vous êtes médecin et que vous lisez ce guide, sachez que vous possédez déjà plus de connaissances sur le sujet que la plupart des médecins. Par conséquent, diriger un patient trans vers un autre médecin n’est peut-être pas la meilleure solution. Nous vous prions de consulter vos collègues au sujet de leur expérience professionnelle avec les personnes trans avant de leur recommander vos patients. Les intervenants et intervenantes d’ASTT(e)Q ont accès à des répertoires de ressources contenant les coordonnées de fournisseurs de services sociaux et de soins de santé sensibles aux besoins des communautés trans. Communiquez avec nous si vous recherchez un médecin compétent en matière de santé trans.

Régimes hormonaux

Les hommes trans qui reçoivent un THS prennent de la testostérone. Dans la plupart des cas, l’hormone est administrée par injection intramusculaire ou sous-cutanée. Elle est aussi offerte sous forme de timbre transdermique, de gel et en comprimés.

Les femmes trans qui reçoivent un THS prennent habituellement des antiandrogènes pour supprimer la production de testostérone dans leur système, et de l’oestrogène pour développer des caractéristiques sexuelles typiquement féminines. Les antiandrogènes sont généralement administrés par voie orale, sous forme de comprimés. L’oestrogène est offert sous forme de comprimés (voie orale) et sous forme de timbre, de gel et de crème (absorption transdermique). Bien que l’oestrogène administré par injection intramusculaire ne soit pas offert au Canada, il se vend sur le marché noir. Une troisième hormone, la progestérone, est directement impliquée dans le cycle reproductif des personnes qui ont reçu une désignation de sexe féminin à la naissance. Cette hormone ne se retrouve pas naturellement dans le corps des personnes qui ont reçu une désignation de sexe masculin à la naissance et elle ne fait pas nécessairement partie du régime hormonal prescrit aux femmes transsexuelles (homme vers femme).

La testostérone et ses effets

Changements permanents

Développement d’une voix plus grave
Développement et augmentation de la pilosité faciale et corporelle
Risque de stérilité
Risque de perte de cheveux
Augmentation de la taille du clitoris

Changements réversibles (si le THS est interrompu)

Arrêt des menstruations
Redistribution du gras des cuisses vers le centre suivant un profil typiquement masculin
Augmentation de la masse musculaire
Épaississement de la peau et augmentation de son caractère huileux
Développement de problèmes d’acné
Augmentation de la libido
Humeur changeante

L’oestrogène et ses effets

Changements permanents

Développement du tissu mammaire
Risque de stérilité

Changements réversibles (si le THS est interrompu)

Perte de la fonction érectile (érections spontanées et matinales) et difficulté à maintenir une érection assez ferme pendant la pénétration
Diminution des problèmes d’acné
Diminution et ralentissement de la chute des cheveux
Adoucissement de la peau
Pilosité faciale et corporelle moins apparente
Redistribution du gras de l’abdomen vers les cuisses et les fesses suivant un profil typiquement féminin
Changements au niveau de la libido et diminution de l’appétit sexuel

Le laps de temps devant s’écouler avant que certains changements mentionnés ci-dessus deviennent évidents varie d’une personne à l’autre. En règle générale, les gens constatent la majorité des changements au cours des deux premières années de leur transition médicale. Cependant, certains changements plus significatifs peuvent prendre plus de deux ans avant de se manifester. Il est peu probable qu’un patient constate un développement de sa musculature à moins qu’il n’ait pas encore passé le cap de la puberté. Une fois la période de croissance de l’adolescence terminée, la structure osseuse ne change plus.

De nombreuses personnes trans commencent le THS et continuent à prendre des hormones pour le reste de leur vie. Certaines poursuivent seulement le traitement jusqu’à ce qu’elles aient obtenu les changements désirés. Chaque décision individuelle est justifiée et il est important de continuer de surveiller, par des analyses sanguines à intervalles réguliers, la santé de vos patients même s’ils choisissent d’interrompre le THS.

Lettres de recommandation

Bien qu’il soit nécessaire d’indiquer, dans une lettre de recommandation, le nom légal et le sexe de naissance de votre patient, ces désignations, si elles ne correspondent pas à l’identité de la personne, ne devraient être présentées qu’à titre purement informatif. Indiquez simplement ces renseignements en début de lettre et rédigez la suite en employant le nom et les pronoms actuellement utilisés par la personne, par exemple : « La présente lettre concerne Alice Cheng (nom légal : David Cheng). Mme Cheng est une femme transsexuelle dont le sexe légal est masculin. »

Cette lettre de recommandation devrait être rédigée sur du papier avec en-tête professionnel et inclure votre nom et les coordonnées pour vous joindre. Les psychothérapeutes, sexologues, psychologues et psychiatres peuvent tous fournir une lettre de recommandation à une personne qui souhaite accéder à l’hormonothérapie et la chirurgie. Cependant, certains chirurgiens et médecins peuvent avoir des exigences plus précises et demander, par exemple, que le psychiatre qui rédige la lettre de recommandation soit spécialisé dans le traitement des troubles de l’identité de genre. Il est important de bien vérifier les exigences d’un médecin ou d’un chirurgien avant de diriger votre patient vers lui. Les normes de soins de la WPATH requièrent qu’une lettre de recommandation pour le THS soit rédigée par un professionnel en santé mentale et qu’elle comprenne les éléments suivants :

1. Les caractéristiques générales du patient;
2. Les résultats de l’évaluation psychosociale du patient, y compris tout diagnostic;
3. La durée de la relation professionnelle entretenue avec le patient, le type d’approche psychothérapeutique et les méthodes d’évaluation utilisés;
4. Les critères d’admissibilité remplis par le patient et les raisons justifiant la recommandation du professionnel en santé mentale pour le THS et la chirurgie;
5. Une déclaration indiquant qu’un consentement éclairé a été obtenu du patient;
6. Une déclaration indiquant que le professionnel de la santé ayant rédigé la recommandation est disponible pour assurer la coordination des soins et qu’il accepte d’être contacté par téléphone à cet effet.

Le THS et les inhibiteurs hormonaux pour les personnes d’âge mineur

Selon la loi québécoise, les personnes mineures âgées de moins de 14 ans ne peuvent elles-mêmes consentir à des soins. À partir de 14 ans, une personne peut alors prendre de nombreuses décisions concernant sa santé sans le consentement de ses parents ou tuteur. Les mineurs de plus de 14 ans sont généralement considérés comme capables de prendre des décisions concernant leur sexualité et leur droit à la confidentialité est assuré au même titre que celui d’un adulte, sauf dans les cas où leur sécurité ou bon développement est jugé à risque. Cela dit, les mineurs de plus de 14 ans doivent obtenir le consentement de leurs parents ou tuteur pour des traitements médicaux comportant des risques sérieux pour leur santé ou dont les effets sont graves et permanents.

Aucun cas de mineur voulant accéder au THS et aux inhibiteurs hormonaux n’a été, à ce jour, porté devant les tribunaux du Québec ou du Canada. Si un tel cas se présentait au Québec, le juge aurait à défendre les meilleurs intérêts du mineur et à tenir compte des désirs de l’adolescent, des demandes de ses parents ou son tuteur ainsi que de l’opinion des experts. Pour plus d’information au sujet des lois qui entourent le consentement aux soins, visitez le site : HYPERLINK “http://www.educaloi.qc.ca/loi/usagers_et_professionnels_du_systeme_de_sante/” http://www.educaloi.qc.ca/loi/usagers_et_professionnels_du_systeme_de_sante/

Certains médecins préfèrent prescrire des inhibiteurs hormonaux, plutôt que le THS, aux jeunes personnes trans. Le début de la puberté est ainsi évité et le patient, s’il le désire, peut toujours plus tard avoir recours au THS. Une intervention médicale précoce, avant l’apparition de caractéristiques sexuelles secondaires indésirables, présente de nombreux avantages. Elle facilite et rend moins coûteuse une éventuelle transition. Dans le cas, par exemple, d’une personne recherchant une apparence féminine, l’utilisation d’antiandrogènes avant l’âge de la puberté peut lui éviter d’être obligée, plus tard, à recourir à l’électrolyse. Prévenir le développement des glandes mammaires avant la puberté chez une personne recherchant une apparence masculine peut écarter la possibilité d’un éventuel besoin de subir une chirurgie de reconstruction du torse. Les inhibiteurs hormonaux ont aussi pour avantage de n’avoir que très peu d’effets secondaires. Un jeune patient qui désire interrompre son traitement éprouvera tous les changements qui accompagnent normalement la puberté pour une personne de son sexe de naissance.

Plus important encore, une intervention médicale précoce permet à un jeune patient trans de vivre en fonction du sexe qu’il préfère, ce qui offre des avantages non négligeables sur plan psychologique. Finalement, il est réconfortant pour une jeune personne de recevoir la reconnaissance et le soutien des adultes qui l’entourent concernant sa décision d’entreprendre une démarche de transition.

Pour plus d’information concernant le THS pour les jeunes adultes, visitez l’adresse suivante :

http://transhealth.vch.ca/resources/library/tcpdocs/guidelines-adolescent.pdf.

Le THS pour les personnes réfugiées

Les personnes réfugiées peuvent, si elles ont accès au système public de soins de santé du Québec, obtenir une ordonnance pour des hormones en consultant un médecin. Elles ne sont cependant pas admissibles au régime public d’assurance-médicaments du Québec. Ce dernier offre une couverture partielle du coût des hormones. Une personne réfugiée peut, avec l’aide de son médecin, tenter d’obtenir une couverture pour ses hormones auprès du Programme fédéral de santé intérimaire. Pour ce faire, le médecin qui assure son suivi doit poser un diagnostic officiel de trouble de l’identité de genre et expliquer comment le THS constitue un « service essentiel ». Le médecin traitant doit avoir reçu l’approbation préalable du programme. Les formulaires de demande d’admission pertinents à cet effet sont disponibles en ligne à l’adresse sivante : https://www.medavie.bluecross.ca.

Pour consulter la liste des prestataires de services inscrits au registre du Programme fédéral de santé intérimaire, visitez le site : http://www.ifhp_pfsi.ca.

THS et dépression

Poursuivre une démarche de transition peut s’avérer très difficile, et ce, peu importe la personne. Il est donc normal pour un patient d’éprouver, tout au long du processus, une grande gamme d’émotions. Le désir incessant d’harmoniser son corps avec son identité intérieure peut rendre la période d’attente précédant le THS particulièrement pénible et démoralisante. Cet état n’est pas nécessairement représentatif de sa disposition émotionnelle habituelle. Le THS peut alors soulager l’anxiété du patient et lui procurer le sentiment qu’il a enfin commencé, de manière concrète, sa transition. Pour d’autres, un état dépressif peut être causé par les difficultés et les obstacles rencontrés. Dans de tels cas, il faut tenter de déterminer les effets que pourrait avoir la transition sur le bien-être du patient. La transition ne sera pas le remède miracle aux problèmes de votre patient pour le reste de sa vie. Il faut rappeler que la transition engendre un stress supplémentaire. Certains peuvent connaître des problèmes d’emploi ou sur le plan familial. Il est utile, dans de telles circonstances, d’orienter la personne vers des réseaux de soutien qui l’aideront à affronter les difficultés psychosociales liées à la transition.

Bien que certains cas de dépression spécifiquement liés à l’estrogénothérapie aient été rapportés, cela ne constitue pas, en soi, une raison valable pour déconseiller le THS à un patient. Des antécédents dépressifs doivent toutefois être pris en considération. Dans certains cas, il peut être nécessaire de prescrire un antidépresseur ou de modifier la dose hormonale du patient.